L'intérieur de la Grotte, avec son mobilier en glace

La grotte creusée sous la mer de glace de Chamonix est menacée par le réchauffement climatique. Elle ne sera pas ouverte au public comme prévu le 16 juin prochain. La fonte accélérée du plus grand glacier de France, rend l'accès de plus en plus problématique à ce site historique prisé par des visiteurs du monde entier.
L'ouverture estivale a été reportée «d'une dizaine de jours» suite au passage d'une commission de sécurité, qui a recommandé jeudi le renforcement de mesures de sécurité autour de l'entrée du site, menacée par des chutes de séracs et de pierres.La mise en oeuvre de ces mesures permettra ensuite au maire de Chamonix d'autoriser ou non l'ouverture du site.
Quelques 300 000 visiteurs chaque année
Depuis plus d'un demi-siècle, quelque 300.000 visiteurs empruntent chaque année, depuis Chamonix, le petit train du Montenvers pour découvrir cette galerie translucide aménagée en appartement glaciaire, creusée et taillée par des ouvriers surnommés «Grottus».
Ces dernières années, le réchauffement climatique a accéléré la fonte du glacier, qui perd quatre à cinq mètres d'altitude par an depuis 1994, faisant décroître d'autant le niveau d'entrée de la grotte, située sur le flanc ouest du glacier à environ 1.700 mètres d'altitude.
Aujourd'hui, le visiteur y accède en empruntant une série de passerelles métalliques et des centaines de marches depuis la gare du Montenvers. «En l'espace de vingt ans, on a perdu 80 mètres d'altitude. On va rajouter six marches cet été, ce n'est plus pensable de demander aux touristes de descendre davantage», souligne Jean-Marie Claret, concessionnaire de la grotte, préoccupé par les problèmes de sécurité.
L'avenir de la grotte est incertain
En 2009, les travaux d'accès au site ont «été particulièrement onéreux», selon M. Claret, évoquant un coût de 80.000 euros partagé avec la municipalité.
Il a fallu miner les lames menaçantes des séracs, renforcer les passerelles d'accès, poser des bâches spéciales limitant la fonte au dessus de l'entrée de la grotte et purger, à l'aide d'une pelle-araignée, les roches libérées par la fonte des glaces. «On ne peut pas continuer à bricoler chaque année. Il est temps de trouver une solution pérenne adaptée à la nouvelle forme du glacier», souligne M. Claret.
L'adjoint au maire de Chamonix chargé de la sécurité, Jean-Louis Verdier, reconnaît que l'avenir de la grotte, dans son emplacement actuel, «est compté» en raison des évolutions climatiques.
«Pour le tourisme, ce serait dommage qu'on soit obligé de fermer» cette grotte que des générations d'écoliers ont découvert sur leurs manuels scolaires, estime M. Verdier. «On fera tout pour la maintenir ou la déplacer», ajoute-t-il.
Un déplacement de l'entrée quelques centaines de mètre plus en amont sur une partie plus saine et plate du glacier nécessiterait de lourds aménagements mais permettrait de pérenniser le site sur plusieurs années, selon M. Claret.
Ces quatorze dernières années, le réchauffement climatique a fait reculer de 400 mètres le front de la Mer de glace, qui devrait perdre entre 600 et 900 mètres de plus ces 20 prochaines années, selon une étude du laboratoire de glaciologie du CNRS de Grenoble.